ACCUEIL NOS PARTENAIRES EDITIONS PRECEDENTES
 
Le festival Le comité Presse CONTACT                    
Festival National de la Création Féminine  

Le mot de la commissaire

Le mot de madame Hamida Agsous commissaire du festival
Le programme

Le programme de la 5 ème édition du festival
Revue de presse
Photothèque

La galerie photos du festival

Vidéothèque

Les vidéos du festival 2014



Le mot de la commissaire

D’ORGE, DE BLE ET… DU GENIE DES FEMMES

Le Festival consacre la présente édition à un thème hautement patrimonial et culturel : l’art culinaire algérien à base de céréales et dans lequel le plat national qu’est le couscous occupe une place à la dimension identitaire indéniable.

Si le couscous n’a pas encore obtenu le consensus des historiens et des chercheurs sur la date de son origine, ni sur son origine, les traces de son existence en Algérie sont attestées par des fouilles archéologiques effectuées dans la région de Tiaret et qui ont révélé la «présence d’ustensiles de cuisine en argile datant du IXe siècle et ressemblant fortement au couscoussier», encore utilisé de nos jours. L’historienne Lucie Bolens parle même de «pots primitifs de couscous trouvés dans des tombes qui remontent au règne de Massinissa», c’est-à-dire entre les IIe et IIIe siècles avant J.-C.

Si l’Algérie peut être considérée comme le berceau du couscous, c’est en fait parce que les vastes étendues des Hauts Plateaux qui couvrent une large bande, allant de l’est à l’ouest du pays, ont toujours été des terres à blé, et à blé dur plus spécifiquement. Nous savons tous que la «Numidie» (l’Algérie de l’Antiquité) a été le «grenier de Rome», et que c’est un contentieux lié au négoce du blé entre le dey d’Alger et les deux négociants Busnach et Bakri, pour le compte de la France du XIXe siècle, qui a provoqué la prise d’Alger et le début de la colonisation de notre pays en 1830.

Le blé et d’autres céréales encore, tel l’orge par exemple, ont toujours constitué l’élément de base de la nourriture des populations de ce vaste pays-continent qu’est l’Algérie.

Dès que le blé est récolté et qu’il entre dans la maison, toutes les étapes de sa transformation relèvent exclusivement du travail des femmes. En effet, lavé, nettoyé, séché, broyé à la meule, réduit en semoule, elles l’utilisent ensuite pour préparer le pain ou le couscous. Et il a bien fallu qu’un jour une FEMME, sur un coup de génie, pense à mélanger 2/3 de semoule de blé dur avec de l’eau salée et 1/3 de farine, puis à rouler ces éléments dans un grand plat de terre ou de bois (la guessâa ou djefna) pour obtenir des graines de 1 mm environ après plusieurs passages à travers différents tamis.

Le mode de cuisson à la vapeur fut par la suite un second coup de génie pour permettre aux grains de couscous de gonfler lentement et de s’imprégner des parfums de la sauce ou du bouillon de viande et de légumes contenu dans la partie inférieure de «l’appareil de cuisson». Ces gestes qui remontent à la nuit des temps ont été reproduits et répétés de mère en fille de façon continue et perpétuelle.

Ce savoir-faire, maintenu, conservé et transmis par les femmes (je ne connais pas d’homme qui roule le couscous) donne à notre couscous national une dimension de patrimoine immatériel indéniable, d’autant que ce savoir-faire spécifiquement féminin s’est enrichi de toutes les diversités de ressources naturelles que recèle chaque région de notre pays.

La femme adapte le couscous qu’elle prépare aux produits que lui propose le milieu géographique et climatique où elle vit. Si bien qu’il existe un ou, plutôt, des couscous des villes, des couscous des montagnes et des couscous du désert en même temps qu’un couscous des riches et un couscous des pauvres : avec ou sans sauce, avec ou sans légumes, avec ou sans viande, aux herbes, aux fruits secs, au miel ou simplement au sucre. La palette de recettes, de couleurs (couscous jaune au safran, rouge au paprika, brun à la lavande, vert aux herbes) et d’accompagnements est aussi riche et diversifiée que le sont les viandes, les légumes et fruits de nos régions.

Et pour décliner les dizaines et dizaines de recettes de couscous, on peut faire confiance à la créativité des femmes qui savent s’adapter à leur milieu, aux moyens et conditions de vie spécifiques de chaque famille et de chaque communauté. On peut donc parler de «géographie du couscous» mais aussi de «sociologie du couscous». Les femmes ont hérité de savoirs qu’elles ont conservés et transmis de mère en fille. Si bien que rouler le couscous est le premier apprentissage culinaire de la jeune fille et sa première mise à l’épreuve dans la famille de son époux après le mariage ! Ce sont cette perpétuation des gestes liés aux grains de couscous et à la préparation de ce plat, considéré comme l’aliment de base, mais aussi la «nourriture» ou t’âam (c’est l’un des nombreux noms donnés au couscous) ajoutée à l’adaptation au milieu climatique pour les ingrédients à utiliser lors de sa préparation qui expliquent la permanence de ce plat et sa capacité à évoluer, selon les régions et les époques.

Le succès de ce plat hautement symbolique, puisqu’il accompagne tous les moments forts de la vie : naissance, circoncision, mariage, retour de pèlerinage, offrandes, décès… est à mettre en relation directe avec le fait que le couscous rassemble et renforce les liens familiaux ou amicaux. Il signifie donc liens, rapprochements, partage, générosité, hospitalité et, surtout, solidarité. La solidarité étant marquée à de nombreuses occasions où les femmes se réunissent pour rouler le couscous destiné à être consommé lors de festivités. Ce «roulage en commun», appelé touiza, s’effectue souvent aux sons de chants et de youyous, d’éclats de rire ou de contes, de poèmes déclamés en l’honneur de la mariée, du pèlerin rentré de La Mecque ou encore de l’émigré revenu parmi les siens.

Le couscous constitue donc un ciment social, identitaire marqué par l’esprit de sociabilité et de convivialité qui le caractérise. Ces caractéristiques étant, sans erreur possible, l’œuvre des femmes qui, par leur rôle de «passeuses» de savoir-faire, lui ont permis d’arriver jusqu’à notre époque. Epoque où la modernité et la vie trépidante des villes n’ont pas empêché les Algériennes de servir chaque vendredi, à la famille rassemblée, un succulent couscous accommodé selon les rites et les rituels transmis par les grands-mères et les mères.

Voilà pourquoi le couscous, même s’il est sorti de nos frontières et a réussi à s’imposer dans plusieurs pays très lointains parfois, demeure un plat-patrimoine qui fait partie de notre culture culinaire, de notre authenticité et constitue l’un des principes fondateurs de notre communauté : la solidarité et le partage.

Hamida Agsous, Commissaire du festival national de la creation feminine
Madame Hamida M'hamsadji Agsous
Commissaire du Festival
 
 
Haut de Page ^  
 
Copyright © 2010 - 2014 Festival National de la Création Féminine Algérie
Tous droits Réservés 
Conception, Réalisation & Référencement
bsa Développement